ARISS FRANCE : CONTACT SCOLAIRE SPATIAL

L’interface éducative et technologique entre la terre et l’espace

Dans le vaste panorama de l’exploration spatiale contemporaine, où les méga-constellations de satellites et les ambitions lunaires dominent souvent les gros titres, il existe une initiative discrète mais profondément transformatrice : le programme ARISS (Amateur Radio on the International Space Station). À l’intersection de l’ingénierie aérospatiale, de la pédagogie active et des télécommunications amateurs, ARISS offre une opportunité rare : permettre à des élèves, du primaire à l’université, de dialoguer en direct avec un astronaute en orbite à 400 kilomètres au-dessus de leurs têtes.

Au sein de cette structure internationale, ARISS France se distingue comme un nœud opérationnel critique. Ce groupe de travail, fruit d’une collaboration entre le monde radioamateur et les institutions spatiales, ne se contente pas d’organiser des événements médiatiques. Il orchestre de véritables projets éducatifs au long cours, transformant une fenêtre de communication de dix minutes en un levier pédagogique s’étendant sur plusieurs années scolaires.

Ce rapport de recherche se propose de dresser un état des lieux exhaustif de l’écosystème ARISS en France. Il analysera en profondeur les mécanismes institutionnels qui lient le Réseau des Émetteurs Français (REF) et l’AMSAT-Francophone aux agences spatiales comme le CNES et l’ESA. Il détaillera l’architecture technique complexe nécessaire pour établir ces liaisons fugaces mais marquantes. Il examinera, à travers des études de cas précis comme ceux des collèges de Marboz et de Gagny, l’impact réel sur les vocations scientifiques. Enfin, il se projettera vers l’avenir, scrutant les préparatifs de la mission de l’astronaute Sophie Adenot et l’accueil imminent de l’événement mondial YOTA 2025 sur le sol français, signes avant-coureurs d’une nouvelle ère pour le radioamateurisme spatial.

Cadre institutionnel et partenariats stratégiques

Le mandat global et la déclinaison française

ARISS n’est pas une entité monolithique, mais une confédération internationale de sociétés de radioamateurs et d’organisations AMSAT (Radio Amateur Satellite Corporation) collaborant étroitement avec les agences spatiales partenaires de la Station Spatiale Internationale : la NASA (États-Unis), Roscosmos (Russie), l’ESA (Europe), la JAXA (Japon) et l’ASC (Canada).

Le mandat fondamental d’ARISS repose sur quatre piliers stratégiques :

  1. Inspiration STEM : Susciter l’intérêt pour les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.
  2. Éducation technologique : Offrir une plateforme d’apprentissage pratique sur les communications satellites et la technologie sans fil.
  3. Lien social : Permettre aux équipages de l’ISS de maintenir un contact direct avec la communauté terrestre, y compris leurs familles et amis, offrant un support psychologique vital lors des missions de longue durée.
  4. Sécurité opérationnelle : Fournir un système de communication de contingence pour l’ISS en cas de défaillance des liaisons principales (TDRSS, etc.).

En France, cette mission est portée par ARISS France, un groupe de travail qui agit comme l’interface officielle entre les établissements scolaires français et la structure de gouvernance européenne (ARISS-Europe). Sa mission est double : faciliter la complexité administrative et technique pour les écoles candidates, et garantir auprès des agences spatiales que les projets sélectionnés répondent à des critères d’excellence pédagogique.

Le rôle pivot du CNES

Le Centre National d’Études Spatiales (CNES) est bien plus qu’un simple partenaire institutionnel pour ARISS France ; il en est le catalyseur stratégique. Créé en 1961 sous l’impulsion du général de Gaulle, le CNES a pour mission de façonner et d’exécuter la politique spatiale française. Ses domaines d’intervention couvrent l’accès à l’espace (famille de lanceurs Ariane), le développement durable, les applications civiles et la sécurité.

La synergie entre le CNES et ARISS s’articule autour de plusieurs axes :

  • Soutien éducatif : Le CNES dispose d’une direction de la communication et de l’éducation qui voit en ARISS un vecteur puissant pour la diffusion de la culture scientifique. En soutenant ces contacts, le CNES investit directement dans le vivier de ses futurs ingénieurs et chercheurs.
  • Expertise technique (CADMOS) : Le Centre d’Aide au Développement des Activités en Micro-pesanteur et des Opérations Spatiales (CADMOS), situé à Toulouse, est le centre névralgique des expériences françaises à bord de l’ISS. Les projets pédagogiques des écoles s’appuient souvent sur les recherches menées ou supervisées par le CADMOS (physiologie, science des matériaux), donnant une pertinence scientifique concrète aux questions posées par les élèves.
  • Infrastructure et logistique : Lors d’événements majeurs, comme les contacts réalisés depuis le Salon du Bourget ou la Cité de l’Espace, le CNES fournit souvent un soutien logistique et une visibilité médiatique qui amplifient la portée du projet.

L’agence spatiale européenne (ESA) et la dimension européenne

Si le CNES gère la dimension nationale, l’ESA apporte la dimension opérationnelle liée aux astronautes. ARISS-Europe, la branche continentale du programme, regroupe les sociétés radioamateurs de nombreux pays (Belgique, Italie, Royaume-Uni, etc.) et travaille de concert avec l’ESA pour l’attribution des créneaux horaires.

L’ESA joue un rôle crucial dans la formation des astronautes à l’utilisation des équipements radioamateurs à bord du module Columbus (indicatif OR4ISS) ou du module russe Zvezda. Tous les astronautes européens, de Thomas Pesquet à la nouvelle promotion 2022 incluant Sophie Adenot, reçoivent une formation technique leur permettant d’opérer la station radio en mode vocal ou SSTV (Slow Scan TV). Cette certification est indispensable, car l’utilisation des fréquences radioamateurs est strictement réglementée internationalement.

Les acteurs associatifs : REF et AMSAT-Francophone

Sur le terrain, la mise en œuvre opérationnelle repose sur le tissu associatif radioamateur français.

  • Le Réseau des Émetteurs Français (REF) : Association reconnue d’utilité publique, le REF fédère la communauté radioamateur. Ses membres, répartis dans des radio-clubs locaux, fournissent le matériel (émetteurs, antennes, rotors) et l’expertise humaine nécessaires pour réaliser les contacts dans les écoles.
  • AMSAT-Francophone : Cette association spécialisée dans les satellites amateurs apporte une expertise pointue sur la mécanique orbitale, le suivi satellitaire et les modes de transmission numériques. Elle joue un rôle clé dans la diffusion des connaissances techniques nécessaires à la réussite des liaisons, notamment via son site web et ses bulletins d’information qui centralisent les actualités ARISS pour la francophonie.

L’emblème d’ARISS France, avec son étoile filante traversant le design, symbolise cette union entre la “puissance des rêves” des élèves et la “modestie” requise face aux défis techniques de l’espace. Ce patch incarne la reconnaissance du collectif : sans la coopération entre ces entités disparates, le lien radio serait impossible.

L’ingénierie pédagogique : Au-delà de l’événementiel

Une idée reçue tenace voudrait qu’un contact ARISS se résume à une conversation téléphonique glorifiée de dix minutes. La réalité est tout autre. Pour ARISS France, le contact radio n’est que la “cerise sur le gâteau”, l’aboutissement spectaculaire d’un processus pédagogique rigoureux qui s’étale souvent sur une à deux années scolaires.

Le processus de sélection et le dossier pédagogique

La compétition pour obtenir un créneau de contact est féroce. Pour la fenêtre du second semestre 2026, par exemple, les dossiers doivent être déposés dès octobre 2025. ARISS France agit comme un filtre qualitatif, exigeant des établissements candidats qu’ils soumettent un “projet éducatif orienté espace et science”.

Ce dossier doit démontrer comment l’activité s’intégrera dans le curriculum scolaire de manière transversale. Il ne suffit pas de réunir une classe de passionnés ; le projet doit idéalement impliquer l’ensemble de l’établissement, voire la communauté locale. Les critères d’évaluation incluent :

  • L’implication multidisciplinaire : Comment le projet lie-t-il la physique, la biologie, les langues, la géographie et la technologie?
  • La portée médiatique : Quelle est la stratégie pour diffuser l’événement au-delà des murs de l’école (presse locale, streaming, implication des élus)?
  • L’équité et l’inclusion : Comment le projet s’adresse-t-il à des élèves de différents niveaux et horizons?

Une fois sélectionnés, les établissements se voient attribuer un “Mentor ARISS”, un bénévole expérimenté qui guidera l’équipe enseignante à travers les méandres administratifs (autorisations de droit à l’image NASA/ESA) et techniques jusqu’au jour J.

Étude de cas approfondie : Le projet du collège de Marboz (2021-2022)

Le projet mené par l’école privée et le collège de Marboz, dans l’Ain, pour un contact avec Thomas Pesquet lors de la mission Alpha, illustre parfaitement cette approche holistique. Né de la rencontre entre un corps enseignant dynamique et les radioamateurs locaux, ce projet a structuré l’année scolaire autour de la thématique spatiale.

Architecture curriculaire du projet Marboz :

  • Sciences physiques (Toutes classes) : Les élèves ont étudié les méthodes d’entraînement des astronautes (piscine NBL de l’ESA, base de simulation Mars dans l’Utah) et les robots explorateurs martiens. Pour les classes de 4ème, le programme a intégré l’étude du système solaire, la classification des planètes et la modélisation des distances astronomiques pour appréhender l’immensité du vide spatial.
  • SVT et éducation physique (4ème) : Dans une séquence “Sport et Santé”, les élèves ont analysé la physiologie humaine en microgravité, comprenant pourquoi les astronautes doivent faire deux heures de sport par jour pour contrer l’atrophie musculaire et la perte de densité osseuse. La question “La vie est-elle possible sur Mars?” a servi de fil conducteur pour déduire les conditions essentielles à la vie.
  • Technologie et informatique (5ème et 3ème) : Les élèves sont passés de la théorie à la pratique en écrivant des programmes informatiques. L’objectif était de décoder et d’afficher les relevés de température de l’ISS ainsi que d’envoyer un message en anglais. L’association ALTEC a animé des ateliers Arduino, initiant les élèves aux circuits électroniques de base.
  • Anglais : La préparation des questions s’est faite en anglais, langue de travail de l’ISS. Cela a donné un sens concret à l’apprentissage de la langue, transformant un exercice scolaire en un outil de communication vital.
  • Orientation et culture : Le projet a inclus une demi-journée d’orientation sur le thème de l’espace, le visionnage du film “Proxima” pour discuter de la psychologie des astronautes, et une visite au planétarium de Vaulx-en-Velin.

Ce déploiement massif montre que le contact radio n’est qu’un prétexte pour revisiter l’ensemble des programmes scolaires sous un angle stimulant et concret.

Étude de cas approfondie : Le collège Théodore Monod à Gagny (2024)

Le contact réalisé le 4 avril 2024 par le collège Théodore Monod de Gagny (Seine-Saint-Denis) offre un autre éclairage, notamment sur la persévérance requise. Après un premier échec de candidature en octobre 2022, l’équipe a retravaillé sa copie pour être sélectionnée en mai 2023.

Préparation et montée en puissance :

  • Immersion sonore : En octobre 2023, bien avant leur propre contact, les élèves ont écouté dans la cour du collège, via de simples talkies-walkies, un échange réel entre l’astronaute danois Andreas Mogensen et une école new-yorkaise. Cette expérience sensorielle directe a concrétisé le projet : la voix venait vraiment du ciel.
  • Rencontre avec l’histoire : En décembre 2023, une visite à la Cité des Sciences a permis aux élèves de rencontrer Claudie Haigneré. Échanger avec la première Française dans l’espace, marraine de facto de tant de vocations, a ancré leur projet dans une continuité historique nationale.
  • Ateliers techniques : Le radio-club de la Haute Île (F6KGL-F5KFF) a ouvert ses portes aux élèves pour des ateliers pratiques : découverte des antennes, principes de la pile de Volta, et un jeu de “radiocache” (chasse au renard) pour comprendre la radiogoniométrie.

Le Bilan Nuancé des Enseignants :

Si les enseignants ont qualifié l’expérience de “projet le plus passionnant de leur carrière”, ils ont aussi noté avec une lucidité professionnelle que l’impact sur les élèves était variable. Seuls deux élèves ont choisi de présenter ce projet lors de leur oral du brevet des collèges. Ce constat souligne un défi permanent pour ARISS : comment transformer l’émerveillement éphémère (“l’effet wow”) en un engagement académique durable pour la majorité des élèves, et pas seulement pour une élite déjà motivée?

Analyse thématique des questions des élèves

L’analyse des questions posées lors des contacts récents (2024-2025) révèle l’évolution des préoccupations de la jeunesse. Si les questions techniques classiques demeurent (“Comment vous lavez-vous?”, “Comment mangez-vous?”), on observe une émergence forte de thématiques écologiques et psychologiques.

  • L’angoisse écologique et le “regard d’en haut” :
    • Maelys (14 ans, La Laupie) : “Peut-on voir les effets du réchauffement climatique depuis la Station?”
    • Dounia (14 ans, Gagny) : “Y a-t-il un danger croissant dans l’ISS à cause des déchets spatiaux?” Ces questions montrent que pour la génération actuelle, l’espace n’est plus seulement une frontière d’exploration, mais un point d’observation critique de la fragilité terrestre (l’Overview Effect) et un environnement lui-même menacé par la pollution (débris).
  • La psychologie de l’isolement :
    • Jessy (14 ans, Gagny) : “Est-il difficile de rester longtemps dans une boîte avec les mêmes personnes?”
    • Mathunya (14 ans) : “Qu’est-ce qui vous manque le plus de la vie sur Terre?” Post-pandémie de COVID-19, ces interrogations sur le confinement et la dynamique de groupe résonnent particulièrement. L’astronaute est vu comme un expert de la résilience psychologique.
  • La Curiosité physiologique :
    • Safiatou (15 ans) : “Est-ce que les organes restent en place ou bougent-ils?”
    • Noahn (14 ans) : “L’apesanteur change-t-elle votre façon de respirer?” Ces questions témoignent d’une réflexion biologique poussée, dépassant la simple imagerie populaire du flottement pour s’interroger sur le fonctionnement interne du corps humain.

Architecture technique et défis opérationnels

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Réaliser un contact radio avec un objet filant à 28 000 km/h à 400 km d’altitude ne s’improvise pas.

C’est un défi d’ingénierie qui nécessite une précision extrême et une redondance matérielle totale.

La physique de la liaison : Une fenêtre de tir étroite

La Station Spatiale Internationale effectue une révolution autour de la Terre en environ 92 minutes. Pour un observateur au sol, cela se traduit par un “passage” visible (ou audible) qui dure au maximum 10 à 12 minutes, entre le moment où l’ISS émerge de l’horizon (Acquisition of Signal – AOS) et celui où elle disparaît (Loss of Signal – LOS).

Deux phénomènes physiques majeurs régissent cette liaison :

  1. Le bilan de liaison (Link Budget) : Bien que la distance soit relativement courte au zénith (400 km), elle peut dépasser 2 000 km à l’horizon. L’atténuation du signal en espace libre varie donc considérablement durant le passage. De plus, la structure métallique de l’ISS et ses panneaux solaires peuvent masquer les antennes, créant des évanouissements (fading) du signal.
  2. L’effet Doppler : En raison de la vitesse relative élevée de l’ISS par rapport à l’école, la fréquence radio subit un décalage important. Sur la bande VHF (145.800 MHz), ce décalage est d’environ +/- 3 kHz. Lorsque l’ISS s’approche, la fréquence reçue est plus aiguë (145.803 MHz) ; lorsqu’elle s’éloigne, elle devient plus grave (145.797 MHz). Les opérateurs au sol doivent ajuster continuellement leur fréquence de réception pour compenser ce glissement, sous peine de perdre l’intelligibilité de la voix de l’astronaute.

Les modalités de contact : Direct vs Telebridge

ARISS France propose deux architectures techniques distinctes pour réaliser les contacts.

Le contact direct : L’expérience ultime

C’est la méthode privilégiée pour son impact émotionnel. Une station radioamateur temporaire est installée au sein même de l’établissement scolaire.

  • Avantages : Les élèves voient les antennes bouger en temps réel pour suivre la station. La voix de l’astronaute est captée directement depuis le ciel, sans intermédiaire. C’est une démonstration de physique appliquée inoubliable.
  • Inconvénients : Risque technique élevé. Si l’équipement tombe en panne ou si des interférences locales surviennent, le contact est perdu. La fenêtre de communication est strictement limitée aux 10 minutes de visibilité directe.

Le contact telebridge : La sécurité et la flexibilité

Lorsque l’école ne peut pas accueillir d’équipement complexe, ou si l’orbite de l’ISS ne permet pas un passage favorable aux heures scolaires, la méthode “Telebridge” est utilisée.

  • Principe : Une station au sol dédiée ARISS, située n’importe où dans le monde (par exemple IK1SLD en Italie, VK4ISS en Australie, ou ON4ISS en Belgique), établit la liaison radio avec l’ISS. L’audio est ensuite relayé vers l’école par ligne téléphonique conférence.
  • Avantages : Fiabilité accrue grâce à des stations permanentes très performantes. Possibilité de choisir un passage avec une élévation maximale pour une meilleure qualité audio.
  • Inconvénients : Perte de la “magie” du direct radio pur. Pour les élèves, cela ressemble davantage à un appel Skype classique.

Focus technique : La station TM2ISS à Gagny

L’installation réalisée pour le contact du collège Théodore Monod en avril 2024 est un modèle du genre, documenté avec précision par le radio-club F6KGL.

Configuration matérielle :

  • Indicatif spécial : TM2ISS (attribué par l’ANFR).
  • Transceiver principal : Icom IC-910, un standard de l’industrie pour les communications satellites VHF/UHF.
  • Transceiver de secours : Icom IC-9700, prêt à prendre le relais instantanément.
  • Amplification : Un amplificateur de 120 Watts injectant la puissance dans les antennes pour atteindre une puissance apparente rayonnée (PAR) d’environ 1000 Watts. C’est la puissance nécessaire pour “percer” le bruit de fond radioélectrique terrestre et être entendu clairement par l’astronaute.
  • Antennes :
    • VHF (Émission/Réception) : Une antenne Yagi Maspro 12 éléments croisés. La polarisation circulaire droite (RHCP) est choisie pour minimiser les pertes dues à la rotation de l’ISS et à la traversée de l’ionosphère. Gain : > 10 dB.
    • UHF (Réception/Tracking) : Une antenne Tonna 19 éléments croisés, utilisée pour affiner le pointage.
    • Secours : Une antenne omnidirectionnelle de type “Eggbeater”, capable de capter le signal même si le système de pointage tombe en panne (bien que le signal soit plus faible).

Le système de poursuite :

Le défi majeur est le pointage précis des antennes directives. L’équipe a utilisé un rotor double axe (Azimut/Élévation) Kenpro KR-5500 ou Yaesu G-5500. L’innovation est venue de l’interface de contrôle : une solution basée sur un microcontrôleur Arduino utilisant le code open-source de K3NG. Cette interface calcule en temps réel la position de l’ISS à partir de ses éléments orbitaux (TLE – Two Line Elements) et pilote les moteurs du rotor pour maintenir les antennes braquées sur la station avec une précision de quelques degrés.

L’infrastructure site :

L’événement ayant lieu au musée de l’air et de l’espace du Bourget, l’équipe a dû tirer 50 mètres de câbles coaxiaux à faible perte depuis la scène de l’auditorium jusqu’à la terrasse technique, en passant par les exutoires de fumée. Cette logistique lourde souligne que la réussite d’un contact repose autant sur la compétence en BTP et câblage que sur la radio pure.

Horizons 2025-2026 : Une nouvelle ère d’activité

La période 2024-2026 s’annonce comme un âge d’or pour ARISS France, portée par une conjonction favorable d’événements internationaux et de missions d’astronautes français.

Sophie ADENOT: La nouvelle ambassadrice

La sélection de Sophie Adenot dans la promotion 2022 des astronautes de l’ESA a électrisé la communauté. Ingénieure, pilote d’essai d’hélicoptère (première femme à ce poste en France), et lieutenant-colonel de l’armée de l’air et de l’espace, elle incarne l’excellence technique.

Actuellement en formation au centre des astronautes européens (EAC) à Cologne, elle a déjà validé une étape cruciale pour ARISS : l’obtention de sa licence de radioamateur américaine, avec l’indicatif KJ5LTN.

Sa mission, prévue pour 2026, devrait inclure au moins 5 contacts prioritaires avec des écoles françaises. ARISS France a d’ores et déjà anticipé cette échéance en lançant des appels à candidatures spécifiques pour les semestres correspondants. Sophie Adenot, qui cite Marie Curie et Claudie Haigneré comme modèles, a exprimé dans ses interviews sa volonté d’être une “ambassadrice” des sciences, refusant le statut de “star” pour privilégier celui de scientifique opérant une technologie de pointe. Son profil multidisciplinaire (elle est aussi professeure de yoga certifiée) promet des échanges riches sur la gestion du stress et la performance humaine en milieu hostile.

YOTA 2025 : La France, terre d’accueil de la jeunesse radioamateur

L’événement phare de l’année 2025 est sans conteste le camp d’été YOTA (Youngsters On The Air), qui s’est tenu à Jambville (Yvelines) du 18 au 25 août 2025. Organisé par le REF avec le soutien de l’IARU Région 1, ce camp rassemblera l’élite de la jeunesse radioamateur mondiale.

Un contact d’exception :

Le point d’orgue du camp était un contact ARISS direct, effectué le 19 août 2025, avec l’astronaute américain Mike Fincke (KE5AIT).

  • Indicatif Spécial : FX5YOTA.
  • Public : Contrairement aux contacts scolaires habituels, le public était composé de jeunes déjà licenciés et experts.
  • Niveau des questions : Les questions préparées reflètent cette expertise. On y parlais de code Morse (“Avez-vous opéré en CW depuis l’espace?”), de l’impact de la croissance microbienne sur les niveaux d’oxygène, ou des compétences techniques spécifiques requises pour les missions de longue durée.

Ateliers et culture :

Le programme du YOTA 2025 dépasse le cadre d’ARISS. Des équipes aux noms évocateurs de la gastronomie française (“Team Baguette”, “Team Croissant”, “Team Pain au Chocolat”) s’affronte ou collabore dans des ateliers de pointe :

  • Construction de kits “Winkeyer” : Assemblage et soudure de manipulateurs morse électroniques.
  • Fuséologie : Lancement de micro-fusées, lien direct avec l’aérospatial.
  • ARDF (Amateur Radio Direction Finding) : Course d’orientation basée sur la recherche de balises radio cachées dans la forêt de Jambville.
  • Soirée Interculturelle : Un moment d’échange où chaque délégation nationale présente sa culture, renforçant la dimension de paix et de coopération internationale chère à l’esprit radioamateur.

Calendrier et diversité des projets

Le calendrier 2025 témoigne de la vitalité du programme :

  • 7 Février 2025 : Contact direct avec l’École Primaire de La Laupie (Drôme) via la station F5KLF. Ce contact avec l’astronaute Don Pettit (KD5MDT) est remarquable car il s’adressait à un public très jeune (primaire), prouvant que la science spatiale peut être vulgarisée dès le plus jeune âge.
  • Juin et Octobre 2025 : Des contacts Telebridge via la station italienne IK1SLD ont permis à des écoles australiennes (State High School) et mexicaines (Jose Marti School) de dialoguer avec l’ISS. Bien que non opérés depuis la France, ces contacts seront audibles par les radioamateurs français situés dans le sud du pays, offrant des opportunités d’écoute passive pour les clubs locaux.

Au-delà de la voix : SSTV et nouvelles frontières

ARISS ne se limite pas à la voix. Le programme exploite également des modes visuels et se prépare aux mutations du secteur spatial.

La SSTV : L’espace en images pour tous

La télévision à balayage lent (Slow Scan TV – SSTV) est une activité extrêmement populaire car elle ne nécessite aucun matériel d’émission complexe pour le public. L’ISS transmet régulièrement des images (format JPEG encodé en audio) sur 145.800 MHz.

N’importe qui, muni d’un simple récepteur radio VHF portable ou même d’une clé USB SDR (Software Defined Radio) à 20 euros branchée sur un ordinateur, peut capter ce signal “gazouillant”. Un logiciel gratuit décode alors l’image ligne par ligne, révélant des photos de l’équipage, des vues de la Terre ou des commémorations historiques (Spoutnik, Gagarine).

ARISS France relaie activement ces campagnes (comme celle qui était prévue en novembre 2025), qui servent souvent de porte d’entrée ludique vers le radioamateurisme pour le grand public.

L’avenir Post-ISS : Fram2 et les stations privées

L’horizon de la station spatiale internationale est limité (fin prévue vers 2030). ARISS anticipe déjà cette transition vers l’ère du “New Space”.

Une étape majeure est la mission Fram2, prévue depuis le printemps 2025. Il s’agit du premier vol habité en orbite polaire, opéré par une capsule SpaceX Crew Dragon privée. ARISS a annoncé que cette mission embarquerait du matériel radioamateur.

  • Innovations scientifiques : La mission Fram2 étudiera le phénomène lumineux STEVE (Strong Thermal Emission Velocity Enhancement), une sorte d’aurore atmosphérique, et réalisera la première radiographie humaine dans l’espace.
  • Impact pour ARISS : Cela marque le début des opérations radioamateurs depuis des véhicules commerciaux privés, ouvrant la voie à de futures collaborations avec des stations comme Orbital Reef ou Starlab. ARISS ne sera plus seulement “Amateur Radio on the ISS”, mais potentiellement “Amateur Radio in Space”.

En conclusion

Loin d’être une relique technologique à l’heure d’Internet et de la fibre optique, la radio d’amateur s’affirme à travers le programme ARISS comme un outil pédagogique d’une pertinence moderne absolue. En obligeant les élèves à comprendre la physique des ondes, à maîtriser l’anglais technique, à gérer un projet complexe et à s’interroger sur leur place dans l’univers, ARISS France accomplit une mission de service public éducatif.

Les années 2025 et 2026 s’annoncent charnières. Avec l’arrivée de Sophie Adenot, une nouvelle figure inspirante prendra le micro là-haut, tandis qu’au sol, le camp YOTA 2025 formera la relève technique capable de maintenir ces liens. Des salles de classe de La Laupie aux laboratoires improvisés de Gagny, en passant par la forêt de Jambville, le message est clair : l’espace est accessible, pour peu que l’on ait la curiosité d’apprendre et la patience de construire une antenne. À travers les grésillements de la fréquence 145.800 MHz, ce n’est pas seulement une voix qui descend du ciel, c’est une invitation à l’excellence scientifique et à la fraternité humaine qui résonne.


Annexe : Spécifications techniques pour les candidats

Pour les établissements et clubs envisageant une candidature, voici les paramètres techniques de référence pour une station sol ARISS Direct (Norme 2025) :

ParamètreValeur recommandéeJustification technique
Fréquence descendante (Downlink)145.800 MHzStandard mondial FM voix. Sujet à Doppler (+/- 3 kHz).
Fréquence montante (Uplink)145.200 MHz (Europe)Fréquence d’entrée du répéteur bord (région ITU 1).
Mode de modulationFM étroite (NFM)Déviation +/- 2.5 kHz.
Polarisation antenneCirculaire droite (RHCP)Indispensable pour éviter les pertes de polarisation croisée (-20dB) dues au roulis de l’ISS.
Gain antenne> 10-12 dBicNécessaire pour une réception confortable (S9). Type Yagi croisée (ex: 2×10 éléments).
Puissance émise (EIRP)1000 à 1500 WattsNécessaire pour “capturer” le récepteur de l’ISS face au bruit terrestre.
PréamplificateurFaible bruit (LNA)Monté en tête de mât pour compenser les pertes du câble coaxial en réception.
Suivi (Tracking)Azimut/ÉlévationRotor piloté par ordinateur (interface type GS-232) avec mise à jour des TLE < 1 semaine.

Rapport établi sur la base des archives ARISS France, des données techniques AMSAT et des retours d’expérience des missions 2021-2024.


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